Déclaration rare de Buffett : Quand tout le monde aime parier, il est difficile de trouver de la valeur ; Google peut battre 95 % des actions recommandées par Wall Street
Warren Buffett met en garde contre la tendance actuelle à la « gamblification » du marché et compare la bourse à « une église avec un casino attenant », critiquant nommément les opérations sur options à court terme comme étant du pur jeu de hasard. Par ailleurs, il exprime son soutien à Google en raison de ses fondamentaux solides, affirmant que ce titre surpasse la majorité des recommandations de Wall Street. Il confirme avoir été à l’origine de la position prise sur Google (désormais le troisième plus grand investissement de Berkshire Hathaway) et admet que rater ce titre à ses débuts fut une erreur historique.
Alors que la spéculation sur les marchés est en plein essor et que les investisseurs particuliers affluent, le "prophète d’Omaha" Warren Buffett, 95 ans, s’est exprimé publiquement de façon rare pour mettre en garde contre la tendance croissante à faire du marché boursier un terrain de jeu de hasard, tout en affirmant que la société mère de Google, Alphabet, est l’un des rares titres vraiment dignes d’être détenus parmi les recommandations de Wall Street.
Le 15 juillet, lors d’une interview avec la présentatrice de CNBC, Becky Quick, Buffett a déclaré sans détour : "Quand tout le monde aime le jeu, il devient difficile de trouver de la valeur." Il a comparé le marché actuel à une "église avec un casino", et a explicitement critiqué l'explosion du trading d’options journalières, qualifiée de pure activité de jeu.
Dans le même temps, il a affirmé clairement que Alphabet "a plus de chances de devenir gagnant que 90 à 95 % des actions recommandées par Wall Street", et il a lui-même reconnu avoir pris l’initiative de cet investissement.
Porté par le soutien de Buffett, le cours d’Alphabet a bondi de 3,6 % ce jour-là, atteignant 370,21 dollars. Berkshire Hathaway détient désormais une position dans Alphabet évaluée à plus de 31 milliards de dollars, la troisième plus importante de son portefeuille actions, derrière Apple et American Express.

Le marché s’est transformé en "casino" : Buffett met en garde face à la vague spéculative
Buffett formule des critiques incisives sur l’état actuel du marché. Il souligne que les opportunités d’investissement véritablement significatives sont de plus en plus rares et nécessitent patience et discipline, mais que la logique qui domine aujourd’hui s’en éloigne nettement.
"Parfois, les opportunités pleuvent comme des gouttes de pluie, si rapidement qu’on a du mal à y croire, mais parfois aussi, trouver une opportunité en quelques années relève déjà de la chance. Et c’est cette dernière qui devrait être la norme."
Il ajoute que l’humain a naturellement le goût du jeu, si bien que "il est plus rentable de former des joueurs que des investisseurs". Plus tôt cette année, lors de l’assemblée des actionnaires, il avait déjà comparé la Bourse à une "église avec un casino", et il réaffirme aujourd’hui cette idée de façon encore plus directe.
L’environnement actuel du marché confirme ses inquiétudes. Les indices boursiers ont atteint des niveaux historiques cette année, avec une arrivée massive des particuliers cherchant à acheter Micron, fabricant de puces mémoire, ou SpaceX, récemment introduit en bourse. Par ailleurs, les titres liés à l’intelligence artificielle sont soupçonnés d’être le théâtre d’une sur-spéculation, tandis que les options et les ETF à effet de levier amplifient encore davantage les fluctuations du marché.
Soutien à Alphabet : les dépenses liées à l’IA sont du "cash réel" mais les fondamentaux priment
Le soutien de Buffett à Alphabet n’est pas sans réserve, mais son raisonnement central est clair : les fondamentaux sont solides, surpassant la majorité des recommandations de Wall Street.
Il indique qu’Alphabet "a plus de chances d’être gagnant que 90 à 95 % des actions promues par Wall Street, car ce qui compte pour Wall Street, c’est que les titres se vendent".
L’analyse souligne que cette phrase est à la fois une approbation d’Alphabet et une critique directe du secteur des analystes — il pointe du doigt leur obsession pour les résultats trimestriels, au détriment de la rentabilité réelle à long terme.
Les données qui soutiennent cette affirmation sont également impressionnantes. Au premier trimestre de cette année, le chiffre d’affaires d’Alphabet a augmenté de 22 %, atteignant 110 milliards de dollars, tandis que les ventes du segment Google Cloud ont bondi de 63 %. Sur la dernière année, l’entreprise a généré 174 milliards de dollars de flux de trésorerie opérationnels.
Buffett ne passe toutefois pas sous silence les risques. Il signale qu’en 2024, Alphabet prévoit un programme de dépenses d’investissement colossal, allant de 180 à 190 milliards de dollars, avec une poursuite des investissements en 2027 — un montant qui dépasse de loin tout ce que le secteur ferroviaire ait jamais investi. Il qualifie cela de "cash réel". Il avoue également que parmi les sociétés de Berkshire, il en préfère au moins quatre ou cinq autres à Alphabet.

Reconnaissance directe : la prise de position sur Alphabet menée par Buffett en personne
Alors que le public s’interrogeait sur l’identité du décideur pour l’investissement dans Alphabet, Buffett a mis fin à la polémique en deux mots : "C’est moi qui l’ai initié (I initiated)".
Auparavant, le consensus voulait que ce pari ait été réalisé par Greg Abel, le CEO désigné de Berkshire. Cette déclaration de Buffett corrige donc définitivement ce malentendu. Il précise cependant qu’Abel dispose du pouvoir de décision final, les deux hommes communiquant quotidiennement pour valider leurs actions respectives.
La prise de position de Berkshire sur Alphabet s’est effectuée en trois étapes : un premier achat au troisième trimestre 2025, poursuivi jusqu’au début 2026 ; en juin de cette année, une nouvelle augmentation de la participation de 10 milliards de dollars via une opération privée liée à un financement IA de 80 milliards de dollars avec Alphabet.
D’après les documents déposés par Alphabet auprès de la SEC, le prix moyen d’achat des actions de classe A par Berkshire est de 351,81 dollars par action, et celui des actions de classe C de 348,20 dollars par action.
Buffett reconnaît également une erreur historique — il admet avoir manqué l’opportunité d’investir dans Google lorsque les coûts d’exploitation étaient plus bas et l’évaluation moins chère, ce qu’il considère comme une faute.
Référence historique : Alphabet peut-il répéter le succès d’Apple ?
Le poids des propos de Buffett est renforcé par son historique. En 2016, il a acheté massivement Apple, ce qui est devenu la position la plus importante et la plus rentable de Berkshire. Le marché scrute désormais un éventuel destin similaire pour Alphabet.
S’agissant de l’environnement de marché, Alphabet vient juste d’intégrer l’indice Dow Jones Industrial Average il y a trois semaines. Cependant, plusieurs autres milliardaires placent Amazon en tête de leurs transactions IA préférées, ce qui diffère de l’opinion de Buffett.
Alphabet publiera ses résultats trimestriels plus tard ce mois-ci, un moment clé pour savoir si "l’effet Buffett" perdurera.
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