Réflexion sur le cadre du taux de change du dollar américain
Morning FX
Récemment, une excellente étude de Deutsche Bank Research intitulée The dollar in the long term: Geopolitics vs. technology a attiré l’attention.Ce rapport dévoile deux puissants moteurs à long terme du taux de change du dollar : la technologie et les finances publiques.
La technologie joue le rôle de force ascendante pour le dollar (illustrée par les flux de capitaux vers les actions), tandis que les finances constituent une force descendante (représentée par les flux de capitaux liés à la dette). Les données associées révèlent clairement l’évolution de cette dualité sur les vingt dernières années :
La dynamique “flux de capitaux vers les actions vs flux vers la dette” influence directement la logique de valorisation du dollar. Pourquoi le dollar est-il particulièrement fort cette année ? De façon évidente, sous l’impulsion de l’IA, les capitaux étrangers affluent massivement vers les actions américaines, dépassant en volume ceux qui se tournent vers les obligations américaines.
À l’inverse, l’an dernier, sous l’effet de la guerre tarifaire, les capitaux transfrontaliers (notamment asiatiques) ont quitté les obligations américaines, faisant émerger le thème de la “dédollarisation”. Globalement, la dynamique entre les flux vers les actions et les obligations américaines reflète les deux moteurs que sont la technologie et les finances publiques, lesquels demeurent en évolution constante.
De plus, adopter l’analyse “technologie + finances” aide à anticiper les tendances du taux de change du dollar. Qu’en attendre pour la seconde partie de l’année ? Voici quelques pistes de réflexion :
1. L’effet de la technologie sur le taux de change du dollar pourrait s’estomper progressivement. Une série de graphiques publiée récemment par JPM illustre bien cela : les actions américaines se différencient davantage, les cours des sociétés de semi-conducteurs poursuivent leur hausse (NVDA, MU, etc.), alors que ceux des fournisseurs de services cloud (META, AMZN) connaissent des fluctuations et une baisse. Les résultats trimestriels de Google la semaine dernière montrent un free cash flow devenu négatif en un seul trimestre, la distinction entre les deux catégories de titres s’accentue.
En d’autres termes, ceux qui “vendent des pelles” gagnent davantage que ceux qui “creusent des mines d’or”, un phénomène qui s’est déjà manifesté entre 1999 et 2000 (voir l’analyse de JPM). Cela rappelle que l’impact de l’IA et de la technologie sur le taux de change du dollar pourrait diminuer à la marge.

2. Avec le maintien des taux élevés sur les obligations américaines, les inquiétudes sur la viabilité budgétaire pourraient ressurgir. Bien que le marché ne s’inquiète pas particulièrement de la soutenabilité de la dette américaine en ce moment, le retour de toute la courbe des taux américains à des niveaux élevés (antérieurs à l’assouplissement monétaire) pourrait raviver les inquiétudes budgétaires aux États-Unis.
Cela engendre un thème de trading récent, celui des droits de douane au titre de la section 301. Si le gouvernement Trump invoque une enquête 301 pour imposer des droits de douane plus élevés sur l’Europe et le Canada, cela pourrait sembler positif pour le dollar et négatif pour les devises non-américaines. Mais si l’Europe réagit en brandissant son “arme ultime” (la vente massive d’obligations américaines) — ou si le marché anticipe ce scénario — le dollar subirait sans doute une pression intense.
À court terme, le dollar bénéficie d’une prime de risque géopolitique (guerre USA-Iran), il est donc peu probable qu’il s’affaiblisse rapidement. Mais avec l’évolution marginale des puissances “technologie + finances”, il semble que l’indice du dollar ait déjà atteint son niveau maximal annuel vers la moitié de l’année. Durant le second semestre, surveillez les opportunités de rebond de l’euro, et par ailleurs, les métaux précieux, restés sous pression pendant six mois, pourraient réserver une “surprise inattendue”.
Résumé du partage d’aujourd’hui :
1. Deux moteurs à long terme du taux de change du dollar : technologie et finances publiques. La technologie est la force ascendante, les finances la force descendante. Ces deux dynamiques sont en mouvement constant, et leur interaction permet de mieux saisir la logique récente de l’évolution du dollar.
2. L’approche “technologie + finances” aide à anticiper le taux de change du dollar : premièrement, l’effet positif de la technologie pourrait s’atténuer, “vendre des pelles rapporte plus que creuser le minerai d’or” ; deuxièmement, avec la persistance des taux élevés, les inquiétudes sur la dette américaine pourraient ressurgir.
3. Selon l’auteur, le dollar bénéficie à court terme d’une prime géopolitique et ne devrait pas s’affaiblir rapidement. Mais avec l’évolution marginale de la dualité “technologie + finances”, le sommet annuel du dollar semble avoir été atteint au milieu de l’année. Au second semestre, surveillez l’éventualité d’un rebond de l’euro et, de plus, après six mois de pression, les métaux précieux pourraient offrir une “surprise inattendue”.
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