Modèles locaux + des millions de robots ! Le Japon lance son grand plan pour une "IA souveraine" et mise 2 300 milliards de dollars sur l'avenir
Le Japon intensifie sa stratégie nationale d’intelligence artificielle, en combinant le développement de modèles fondamentaux locaux et le déploiement massif de robots, dans le but d’établir des capacités autonomes dans la compétition mondiale autour de l’« IA souveraine » et d’étendre l’application de l’IA du monde numérique vers les industries réelles.
Les dernières annonces révèlent que le gouvernement japonais prévoit de déployer environ 10 millions de robots équipés d’intelligence artificielle dans 18 secteurs d’ici 2040, tout en promouvant le développement de modèles fondamentaux multimodaux nationaux. Ce projet constitue un volet clé de la stratégie nationale de croissance dévoilée par le Japon le mois dernier, d’un montant total de 370 000 milliards de yens (environ 2,3 trillions de dollars), couvrant principalement l’IA physique, les semi-conducteurs, les technologies quantiques, la fusion nucléaire et 17 autres domaines prioritaires.
Pour soutenir le lancement du projet, le gouvernement japonais apportera un soutien financier pouvant aller jusqu’à 1000 milliards de yens (environ 6,1 milliards de dollars) sur les cinq prochaines années. Toutefois, cette allocation n’est pas un engagement unique : elle est liée à des objectifs annuels et évolutifs, et le gouvernement décidera du financement en fonction de la progression du projet, ce qui signifie que le montant de 1000 milliards de yens constitue un plafond financier plutôt qu’une somme définitive.
Pour les industries, cela signifie que le Japon cherche à s’appuyer sur ses atouts dans la fabrication et la robotique pour construire un écosystème IA complet, englobant modèles, données et applications de robots.
Investissement maximal de 1000 milliards de yens sur cinq ans, financement lié à l’évaluation
Selon le plan du gouvernement japonais, jusqu’à 1000 milliards de yens seront investis pour soutenir la recherche et le développement des modèles fondamentaux d’IA locaux sur cinq ans.
Contrairement au soutien des industries traditionnelles, le financement public adopte cette fois un mécanisme d’évaluation par étapes. Le gouvernement évaluera chaque année la réalisation des étapes du projet, puis décidera la poursuite du financement ; le montant final dépendra donc de l’avancement du projet, et non d’un budget fixe.
Cet arrangement implique que le Japon entend contrôler les risques financiers tout en investissant massivement dans des ressources stratégiques, grâce à une évaluation continue.
SoftBank, NEC, Sony, Honda collaborent pour développer des modèles japonais fondamentaux
Le projet est confié à l’alliance Noetra, créée officiellement par le ministère japonais de l’économie, du commerce et de l’industrie (METI) ainsi que par l’Organisation de développement des nouvelles énergies et technologies industrielles (NEDO).
Les principaux actionnaires de Noetra sont actuellement SoftBank, NEC, Sony Group et Honda ; Fujitsu et Rakuten évaluent aussi leur participation. Parallèlement, l’alliance collabore avec l’Institut national de recherche en technologie industrielle japonaise (AIST) pour développer la recherche.
Selon les prévisions, le nombre d’investisseurs de Noetra devrait s’étendre à 44 entreprises à terme, couvrant les domaines de l’automobile, de l’électronique, de la fabrication, de la finance et de la logistique.
L’objectif technologique vise à créer un modèle fondamental multimodal, capable de traiter le langage, l’image, la vidéo et les données de capteurs, afin que les robots puissent comprendre l’environnement réel et exécuter des tâches autonomes, et non simplement fonctionner selon des programmes prédéfinis.
L’IA physique devient la priorité centrale, application dans 18 secteurs
Le gouvernement japonais a mis à jour cette semaine sa stratégie nationale sur les robots IA, faisant de l’IA physique un axe prioritaire. L’IA physique désigne l’intelligence artificielle appliquée au monde réel, englobant la conduite autonome, l’automatisation des usines et les robots humanoïdes effectuant des tâches concrètes, et non uniquement l’interaction numérique sur écran.
Le ministre de l’économie japonaise, Ryosei Akazawa, indique que le gouvernement prévoit de promouvoir activement l’application sociale de robots IA dans 18 secteurs, avec de nouveaux domaines couvrant la restauration, la production alimentaire et la médecine. Akazawa précise que le Japon construira et améliorera continuellement l’infrastructure de données dédiée à l’IA physique et aux robots, pour exploiter pleinement l’avantage industriel local.
Capacités robotiques pour répondre au défi du vieillissement démographique
Si l’IA physique occupe une position centrale dans la stratégie nationale japonaise, c’est en lien avec l’expérience accumulée du pays dans la fabrication de robots.
Selon la Fédération internationale de la robotique (International Federation of Robotics), le Japon abrite des leaders mondiaux de la robotique industrielle tels que FANUC, Yaskawa Electric et Kawasaki Heavy Industries, et près de la moitié des robots industriels produits dans le monde provient du Japon.
La densité de robots dans l’industrie manufacturière japonaise est parmi les plus élevées au monde, offrant une base solide pour le déploiement massif de l’IA physique. Par ailleurs, face au vieillissement rapide de la population japonaise et à la baisse du nombre d’actifs depuis 1995, les robots avancés deviendront un outil clé pour combler le manque de main-d’œuvre, et non plus de simples équipements visant à améliorer la productivité.
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