Effray é par la concurrence, Howmet (HWM.US) s'effondre ! Citi et Bernstein clament une mauvaise évaluation : l'entrée de SpaceX (SPCX.US) montre justement une demande très forte
Citigroup et Bernstein estiment que l’annonce de la production de pales de turbine par SpaceX indique que l’ensemble du secteur est confronté à un problème d’insuffisance de capacité, et qu’un tel contexte sectoriel pourrait finalement renforcer la position sur le marché de Howmet, plutôt que de l’affaiblir.
Selon les informations de l'application financière intelligente, le géant des pièces de précision pour l'aérospatiale Howmet Aerospace (HWM.US) a chuté de 7,51 % à la clôture de lundi, et a dégringolé jusqu'à 9 % en séance, touchant son plus bas niveau depuis deux mois, enregistrant sa plus forte baisse en une journée depuis avril 2025.
L’élément déclencheur de cette baisse soudaine est une déclaration d’Elon Musk sur le réseau social X. Musk a indiqué que SpaceX (SPCX.US) et Tesla (TSLA.US) s'efforcent chacune de construire une capacité solaire de 100 GW par an, mais que dans les prochaines années, la production d'électricité à partir du gaz naturel restera une composante clé pour combler le déficit énergétique. Il a souligné que la coulée des aubes et des ailettes reste la principale contrainte à l’augmentation de la production de turbines, et que si SpaceX produisait elle-même ces pièces, la mise en service des unités à turbine à gaz pourrait être anticipée jusqu’à 18 mois.
Des rapports précédents ont indiqué que SpaceX construit une fonderie d’aubes et d’ailettes au Texas, à Bastrop. Ce commentaire de Musk confirme pour la première fois, au niveau officiel, l’intention stratégique de ce projet. Cette installation devrait servir un projet électrique de 20 GW prévu, principalement destiné à l’alimentation des centres de données d’intelligence artificielle (IA), avec l’objectif de terminer d’ici fin 2027.
Howmet est l’une des rares entreprises mondiales capables de couler des aubes et ailettes hautes températures pour turbines à gaz industrielles. L’activité turbines à gaz est l’un des segments les plus dynamiques de Howmet. Au premier trimestre, le revenu issu des turbines à gaz a augmenté de 39 % sur un an, avec une croissance attendue de 25 % sur l’ensemble de 2025. La demande croissante d’électricité rapidement déployable pour les centres de données IA engendre une situation de pénurie pour les composants de turbine, soutenant ainsi le pouvoir de fixation des prix de Howmet et la performance de son action. L’intervention potentielle de SpaceX pourrait, en théorie, détourner une partie des futures commandes de Howmet et affaiblir son avantage de négociation lié à la pénurie actuelle, ce qui explique en partie la forte baisse du titre lundi.
Cependant, d’après Citigroup, la baisse de Howmet représente au contraire une opportunité d’achat potentielle. Citigroup précise que l’arrivée de SpaceX n’est pas un signe de la dégradation du statut concurrentiel de Howmet, mais traduit une forte demande et une rareté de la capacité de production de turbines. Selon la banque, SpaceX prévoit principalement de fabriquer ces composants pour son propre usage, tout en continuant de s’approvisionner auprès de la chaîne d’approvisionnement existante des turbines à gaz industrielles. Cette information met d’autant plus en valeur l’importance clé des composants produits par Howmet et suggère que la demande pourrait dépasser l’objectif de revenus d’environ 2 milliards de dollars que l’entreprise vise sur ce segment.
L’avis positif de Citigroup ne se limite pas au marché des turbines à gaz. La banque considère Howmet comme l’une des sociétés à croissance composée leaders de son univers de couverture dans l’aéronautique et la défense, en soulignant sa rentabilité record, son carnet de commandes massif dans l’aviation commerciale, la force de son activité d’après-vente ainsi que sa croissance soutenue dans la défense et l’aéronautique. Citigroup met aussi en avant les marges bénéficiaires supérieures à 30 % dans les moteurs et systèmes de fixation, la solidité du bilan de l’entreprise ainsi que sa politique d’allocation de capital favorable aux actionnaires.
Citigroup indique que les fabricants d’avions commerciaux continuent de chercher à augmenter leur cadence de production alors que la demande pour de nouveaux appareils dépasse constamment l’offre. Ce déséquilibre, combiné à l’activité après-vente de Howmet, pourrait porter la croissance des profits sur plusieurs années. Selon les estimations de la banque, le bénéfice ajusté par action de Howmet atteindra 5,37 dollars en 2026, 6,76 dollars en 2027 et 8,08 dollars en 2028. Citigroup précise que ses prévisions pour 2027 et 2028 sont supérieures au consensus du marché. Elle maintient sa recommandation « acheter » sur le titre et fixe un objectif de prix à 329 dollars, soit un potentiel de hausse de 34,3 % par rapport au cours de clôture de lundi.
Howmet prévoit de discuter lors de la prochaine conférence investisseurs des perspectives de ses activités aérospatiales et de turbines à gaz industrielles. Citigroup considère que cet événement pourrait servir de catalyseur pour une hausse du cours de l’action. Plus de précisions concernant l’accroissement de la capacité, les engagements des clients et le rôle éventuel de SpaceX dans la chaîne d’approvisionnement aideront à déterminer si les inquiétudes initiales sur la concurrence pourraient persister.
Par ailleurs, la banque d'affaires Bernstein est arrivée à des conclusions similaires. Les analystes estiment que la démarche de SpaceX est motivée avant tout par des contraintes d’approvisionnement et un désir croissant de maîtriser la chaîne d’approvisionnement, plutôt que par un mécontentement envers Howmet. Fabriquer des aubes de turbine capables de résister à des températures et des contraintes mécaniques extrêmes exige un équipement spécialisé, un savoir-faire technique et des procédés de revêtement complexes, ce qui représente une barrière d'entrée significative pour de nouveaux entrants. Bernstein maintient sa recommandation de « surperformance » sur Howmet et relève son objectif de cours de 248 à 328 dollars.
Bernstein émet cependant des doutes quant à la capacité de SpaceX à réussir à établir une production à grande échelle dans le délai de 18 mois avancé par Musk. La banque considère également qu’il est peu probable que SpaceX puisse reproduire chaque étape des processus de fabrication bien établis, et même en cas de succès, la production servirait probablement avant tout à répondre à l’énorme demande interne en électricité, plutôt qu’à engager une concurrence généralisée avec les fournisseurs existants.
Dans le même temps, Howmet continue d’augmenter sa capacité en aubes de turbine. Bernstein précise que de nouvelles capacités ont été mises en service au deuxième trimestre et qu’au moins six projets supplémentaires devraient être opérationnels d’ici la fin du quatrième trimestre. Au total, il est possible que la capacité de production augmente de jusqu’à 38 % par rapport au premier trimestre 2025.
Howmet a également signé des accords avec les principaux fabricants de turbines, valables jusqu’en 2030. La demande contractuelle associée à ces accords concorde avec les propos de Musk selon lesquels la pénurie de composants de turbine pourrait persister jusqu’à la fin de la décennie, et soutient l’idée que l’augmentation de la production de SpaceX pourrait entraîner une croissance globale des installations de turbines, sans nécessairement cannibaliser les ventes de Howmet.
En résumé, pour les investisseurs, la question centrale n’est peut-être pas de savoir si SpaceX pourra produire elle-même certaines aubes de turbine, mais si la demande d’électricité générée par l’infrastructure d’intelligence artificielle croîtra suffisamment vite pour permettre à tous les fabricants qualifiés de tourner à pleine capacité. Citigroup et Bernstein estiment toutes deux que la nouvelle annonce révèle avant tout un problème généralisé d’insuffisance de capacité dans le secteur, un contexte qui pourrait à terme renforcer la position de marché de Howmet plutôt que de l’affaiblir.
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