La crise budgétaire s’aggrave à l’approche des élections ! La prime de risque politique continue de grimper, la dette souveraine française prise pour cible par les vendeurs à découvert
Alors que les responsables politiques français se préparent à des débats intenses autour du budget 2027 et que l'élection présidentielle de l'année prochaine approche, les investisseurs deviennent pessimistes à l'égard des obligations d'État françaises.
Selon l’application financière Zhihui Finance, alors que les responsables politiques en France se préparent à un bras de fer autour du budget 2027, et que l’élection présidentielle de l’an prochain approche, les investisseurs deviennent baissiers sur la dette souveraine française. Les données sur les contrats à terme obligataires montrent que les investisseurs établissent de nouvelles positions vendeuses sur les obligations d’État françaises : le nombre de contrats ouverts sur les obligations françaises à 10 ans arrivant à échéance l’année prochaine a atteint son niveau le plus élevé depuis début juin, ce contrat étant le plus négocié depuis cette date.
L’équipe de stratégies de Barclays, menée par Mark Kitcen, note qu’au cours de tout l’été, les paris à la baisse sur la dette française semblent en augmentation. Dans un rapport du 12 août, ils écrivent que les investisseurs « cherchent à anticiper les prochains catalyseurs politiques locaux », les principaux points d’attention étant « le processus de préparation budgétaire cet automne ainsi que l’élection présidentielle d’avril prochain ».
Marie-Anne Allier, gestionnaire de fonds obligataire chez Carmignac Gestion, souligne : « Nous allons entrer dans une période électorale, et il est probable que de nombreuses tensions politiques se manifestent avant 2027. Le contexte est très défavorable à la France. » Elle détient actuellement des positions vendeuses sur la dette française à moyen terme, tout en étant acheteuse sur les dettes allemande, italienne et espagnole.

Avec l’approche du budget d’automne, les traders vendent à découvert la dette française
Dès septembre, le Premier ministre français, Sébastien Lecornu, devra composer avec un parlement divisé, alors que son gouvernement prépare le budget pour 2027, visant à ramener le déficit public sous la barre des 5 %. Il a averti qu’à défaut d’accord, l’adoption du plan financier pourrait être reportée à très tard l’année prochaine, ce qui ferait grimper le déficit public à 6,5 %. Parallèlement, tous les candidats se préparent à la présidentielle de l’année prochaine, prévue en deux tours, les 18 avril et 2 mai 2027.
Les sondages montrent que la figure politique populiste d’extrême droite Marine Le Pen est actuellement en tête pour la présidentielle de l’an prochain. La montée de Le Pen pourrait compliquer les efforts du gouvernement Lecornu pour appliquer l’austérité budgétaire. À l’extrême gauche, le candidat Jean-Luc Mélenchon propose d’augmenter les dépenses et d’annuler une partie de la dette détenue par la Banque de France.
Le rendement des obligations françaises à 30 ans a bondi de 12 points de base vendredi dernier, augmentant encore légèrement lundi à 4,86 %, son plus haut niveau depuis 2008. La prime de rendement exigée par les investisseurs sur les obligations françaises à 10 ans par rapport aux allemandes a grimpé vendredi à 84 points de base, le niveau le plus élevé depuis octobre dernier, ce qui signale une pression accrue sur la dette française.

La prime de risque liée à la politique française élargit l’écart France-Allemagne
Théophile Legrand, stratégiste taux chez Natixis, déclare que selon leur indice mesurant le risque pays spécifique, environ 25 points de base de l’élargissement de l’écart entre la dette française et allemande peuvent être attribués à ce type de risque, « soit le niveau le plus élevé depuis les tensions budgétaires de décembre 2025 ».
Quelques indices sur le contenu potentiel du prochain budget ont déjà émergé. Dans une interview en juillet, Lecornu a assuré ne pas souhaiter augmenter les impôts. Par ailleurs, les incendies de forêt, les vagues de chaleur et la sécheresse qui ont frappé la France cet été ont accru la pression sur les finances publiques. Dans une lettre aux agriculteurs ce week-end, Lecornu a promis d’introduire en 2027 de nouvelles mesures de soutien pour les personnes touchées par ces catastrophes.
Le mois dernier, le ministre des Finances, Roland Lescure, a abaissé la prévision de croissance de l’économie pour 2026 de 0,9 % à 0,7 % et a reconnu que l’objectif de réduire le déficit public de 5,1 % en 2025 à 5 % serait désormais « très difficile » à atteindre.
Neil Scanlon, gestionnaire de portefeuille chez Mediolanum, estime qu’il attendra un élargissement supplémentaire de l’écart de rendement 10 ans France-Allemagne avant de commencer à acheter de la dette française. « Si l’écart s’approche de la limite supérieure de 90 points de base, nous pourrions commencer à acheter de petites quantités de dette française et surpondérer par rapport à l’Allemagne à ce niveau », affirme-t-il.
Cet automne, la note de crédit de la France sera également scrutée de près, ce qui pourrait accroître la volatilité sur le marché obligataire. L’automne dernier, face aux difficultés des gouvernements minoritaires à faire adopter le budget, S&P Global Ratings, Morningstar DBRS et Fitch Ratings avaient abaissé la note de la dette française, tandis que Moody’s avait assombri la perspective. L’Agence France Trésor prévoit que les agences de notation publieront leurs décisions à partir du 28 août, d’autres suivront jusqu’à la fin de l’année.
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