Le marché lance une « alerte rouge » avant les élections en France : l’écart de rendement entre les obligations françaises et allemandes revient à son niveau le plus élevé depuis la crise de la dette européenne
Bien qu'il reste encore huit mois avant l'élection présidentielle en France, les actifs du pays commencent déjà à montrer des signes de pression.
Bien qu'il reste huit mois avant l'élection présidentielle française, les actifs du pays commencent déjà à montrer des signes de pression.
Selon le French Finance APP, la prime de coût d'emprunt de la France par rapport à l'Allemagne, l'un des principaux indicateurs de mesure du risque obligataire, s'approche de son plus haut niveau depuis la crise européenne de la dette souveraine en 2012. Les tensions se propagent également au marché boursier français et au marché des obligations d'entreprise, ce qui entraîne leurs performances inférieures à celles des actifs internationaux comparables.
Pour les investisseurs, la question clé demeure la façon dont le prochain président, successeur du centriste pro-business Emmanuel Macron, relèvera les défis économiques profonds du pays — dont un déficit budgétaire supérieur à 5 %, l'explosion des coûts de la dette et une croissance anémique frôlant la récession. Les candidats d'extrême droite Marine Le Pen et d'extrême gauche Jean-Luc Mélenchon promettent tous deux d'orienter la France vers des directions radicalement opposées.
Les propositions de ces candidats (qui ont participé la semaine dernière à leur premier débat électoral) incluent une augmentation des dépenses publiques pour stimuler l'économie, une baisse de l'âge de la retraite, l'annulation partielle de la dette publique ou encore la suspension de la contribution financière de la France à l'Union européenne.
Voici quelques aspects dans lesquels la montée du risque politique français se reflète déjà sur les marchés.
Marché obligataire
Les échanges de contrats à terme sur obligations montrent que les investisseurs ont ouvert de nouvelles positions vendeuses, pariant sur une baisse des prix des obligations françaises.

« Sans majorité parlementaire, avec un budget sans marge de manœuvre et un capital politique épuisé — il est clair que Macron n’a plus la capacité d’empêcher la dégradation de la situation », a déclaré Louis-Vincent Gave, PDG de Gavekal Research, à propos des obligations françaises. « Au contraire, le risque est que le scénario empire à un rythme accéléré. »
La façon de résoudre le problème massif de la dette française est au cœur des débats récents. Bien que le gouvernement actuel tente de réduire le déficit, ses objectifs financiers sont constamment affaiblis par un parlement fragmenté.
Pour les investisseurs de long terme, le taux d’intérêt à terme de 15 ans dans 15 ans (15y15y forward rate) permet d’exclure les effets des politiques monétaires à court terme, afin d’évaluer les coûts d’emprunt sur le long terme. Aujourd’hui, l’écart entre cet indicateur en France et en Allemagne s’approche de son plus haut depuis 2012, ce qui suggère que les marchés évaluent une détérioration structurelle de la situation financière française par rapport à l’Allemagne pour les prochaines décennies.

Marché boursier
Concernant les actions, la part des revenus domestiques des entreprises composant l’indice français de référence CAC 40 est inférieure à 20 %, ce qui limite l’impact du risque politique sur leurs bénéfices. Toutefois, les secteurs dépendant majoritairement de la demande intérieure — banques, services publics, télécommunications, BTP — subissent généralement des pressions lorsque l’écart de taux entre la France et l’Allemagne se creuse.
Un écart de taux plus large réduit l’attrait des actions françaises, restreint la capacité d’investissement des entreprises, et nuit in fine à leur compétitivité.
L’indice élaboré par Goldman Sachs, composé d’actions fortement exposées au marché français, inclut BNP Paribas, Orange, Engie et Vinci. Cet indice a reculé de plus de 3 % la semaine dernière, avec la montée de l’incertitude politique, sous-performant l’indice paneuropéen Stoxx 600 qui a progressé de 0,2 % sur la même période.

Les analyses de Barclays révèlent que la prime de risque intégrée dans les blue chips françaises avoisine le niveau élevé temporaire des cycles électoraux précédents. L’estimation est basée sur l’écart de volatilité des contrats à terme CAC 40/S&P 500 à mars/juin.
« Cela indique que, même si la prime électorale pourrait continuer de s’accumuler, la valorisation actuelle reflète déjà une part significative de l’incertitude politique », écrivent les stratégistes dont Stefano Pascale et Anshul Gupta dans leur rapport.
Leurs recherches montrent également que Air Liquide, AXA et Renault sont historiquement les plus sensibles à l’évolution de l’écart de taux entre obligations françaises et allemandes, ce qui signifie que si la prime de risque souveraine s’élargit davantage, ces titres pourraient être particulièrement fragiles.

Marché du crédit
Les obligations émises par les institutions financières françaises montrent des signes de faiblesse, avec un élargissement de la prime de risque supérieur à celui observé sur l’ensemble du marché des obligations bancaires de la zone euro au cours du dernier mois. Cette divergence s’observe particulièrement sur les obligations à échéance dans cinq ans, alors que l’écart sur la partie longue de la courbe s’est quelque peu réduit.
Les obligations subordonnées — celles qui subissent les premières pertes en cas de faillite des banques — enregistrent les pires performances.
Au cours des précédents épisodes de risques politiques élevés en France, le secteur bancaire a souvent été l’un des plus volatils du marché du crédit. En 2024, la décision de Macron de convoquer des législatives anticipées a entraîné une flambée des volumes de transactions sur les obligations des grandes banques françaises.

Risque monétaire
L’indice mesurant le risque de sortie de la France de la zone euro est en hausse mais reste inférieur aux pics des deux dernières années.
Basé sur l’écart observé entre différents credit default swaps, il demeure aujourd’hui bien en deçà de son niveau lors de la présidentielle de 2017 — époque à laquelle Marine Le Pen menaçait d’organiser un référendum sur l’abandon de la monnaie commune. Cette fois-ci, la candidate en tête des sondages a renoncé à cette position.
Néanmoins, cet écart mérite d’être surveillé, car il pourrait servir d’indicateur précoce d’une éventuelle tension entre la France et l’Union européenne dans les prochaines années. Le leader de gauche Jean-Luc Mélenchon (le principal rival de Le Pen) a proposé que la France ne soit pas tenue de respecter les règles et traités de l’UE s’ils sont jugés contraires à ses intérêts.

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