Ce soir, Walsh pourra-t-il sauver les bons du Trésor américains ? Ou décidera-t-il du destin du marché haussier de l’IA ?
Bank of America met en garde : les rendements des obligations américaines à long terme dominent les bulles mondiales et deviennent le « talon d'Achille » du marché haussier de l’IA. Ce soir, la réunion de Jackson Hole représente un moment clé pour la gestion des taux d’intérêt. Le « scénario de réussite » du discours de Walsh consiste à réaliser un aplatissement haussier de la courbe des taux — c’est-à-dire ancrer le court terme par des signaux faucons crédibles sur l’inflation, tout en suggérant des orientations dovish sur le long terme, afin de soutenir le programme de rachat d’obligations du Trésor américain. En cas d’échec, les actifs mondiaux feront face à une réévaluation brutale.
Le stratégiste en chef de Bank of America Securities, Michael Hartnett, met en garde : l’évolution des rendements à long terme des obligations américaines devient la variable centrale pour la valorisation des actifs mondiaux — le marché obligataire "domine" la bulle, au lieu de la suivre. Cette nuit, le président de la Fed, Jerome Powell, prononcera un discours à Jackson Hole, événement considéré par le marché comme une tentative cruciale pour stabiliser les taux à long terme.
Dans son rapport « Flow Show » du 28 août, Bank of America précise que le "scénario de réussite" du discours de Powell serait d’obtenir un aplatissement haussier de la courbe des taux — c’est-à-dire ancrer l’extrémité courte avec un signal crédible de faucon sur l’inflation, tout en envoyant un message accommodant sur le long terme, afin de soutenir le programme de rachat d’obligations du Trésor. Si cette opération réussit, les actifs à risque et le dollar pourraient rebondir simultanément. En cas d’échec de la communication, le rendement des obligations à 10 ans franchira la ligne de vigilance des 4,7 %, celui à 30 ans dépassera 5,3 % atteints le 19 août, le dollar s’affaiblira et les actifs défensifs surpasseront les actions cycliques et les actifs à duration longue.
L’indicateur "bulle/ours" de Bank of America grimpe cette semaine à 9,7, restant dans la zone "achat extrême". Depuis le signal de vente du 26 mai, le S&P 500 progresse encore de 2,8 %. Parallèlement, 82 % des indices boursiers mondiaux sont actuellement en situation de surachat, à un pas seulement du seuil de vente de 88 % (règle de "breadth"). Concernant les flux, l’or et les cryptomonnaies enregistrent leurs plus importants afflux hebdomadaires depuis octobre 2025, tandis que les actions américaines connaissent leur première sortie nette en cinq semaines.

Le marché obligataire en tête : le rendement long, talon d’Achille du bull market IA
L’équipe de stratégie de Bank of America explique clairement que la logique centrale du marché actuel repose sur le postulat suivant : « Le marché obligataire domine la bulle, plutôt que la bulle ne domine le marché obligataire ». Cette vision oriente directement le destin du secteur technologique : les constructeurs d’infrastructure IA (semi-conducteurs, représentés par l’indice SOX) et les bénéficiaires directs de l’IA (les "Magnificent Seven", MAGS) sous-performent les applications IA (santé XLV, finance XLF) tant que le rendement à 30 ans n’est pas redescendu sous 5 %.
Bank of America précise la nécessité de politiques pour contenir les taux longs.
Premièrement, la vague d’investissement en capital des géants technologiques pour l’IA exige un environnement de financement à faible coût — le rapport remarque que, depuis la baisse de taux de la Fed en octobre 2025, les "Magnificent Seven" stagnent, marquant la fin de la reprise obligataire.
Deuxièmement, si les consommateurs, inquiets par une dette nationale atteignant 40 000 milliards de dollars, estiment que le gouvernement sera impuissant lors de la prochaine crise, ils augmenteront drastiquement leur épargne de précaution, ce qui pèsera systématiquement sur la consommation.
Dans ce contexte, Bank of America qualifie la politique actuelle de « quasi assouplissement quantitatif/contrôle de la courbe des taux », considérant ce mécanisme comme un moyen de préserver simultanément prospérité économique et capital politique. À noter, le programme de rachat d’obligations du Trésor arrive à échéance le 4 novembre, à un jour seulement des élections de mi-mandat américaines.
Flux de capitaux : l’or et les cryptos en tête, les actions US sous pression
Pour la semaine close au 26 août, les flux mondiaux révèlent une nette divergence. Les obligations attirent encore 17 milliards de dollars, un record de 70 semaines consécutives de flux positifs ; l’or reçoit 7,3 milliards — son plus gros afflux hebdomadaire depuis octobre 2025 ; les cryptomonnaies, 3,2 milliards, également au plus haut depuis octobre 2025.
À l’inverse, les actions américaines connaissent une sortie nette de 4,4 milliards de dollars, une première en cinq semaines ; les obligations à haut rendement enregistrent leur plus forte sortie hebdomadaire (700 millions) depuis avril. Par secteur, la technologie attire 4,6 milliards en quatre semaines (pic), les matériaux liés aux matières premières 4,2 milliards (plus haut depuis mars) ; la santé, en revanche, perd 1,1 milliard, la plus forte sortie hebdomadaire depuis mars.

Les données clients privés de Bank of America confirment aussi cette tendance défensive. Sur les 4 700 milliards de dollars sous gestion, la part actions est à 66,2 %, les liquidités à un plus bas historique de 9,4 %, mais les achats d’obligations, au plus haut depuis mai sur quatre semaines, se concentrent sur les obligations investment grade, les municipales et les ETF TIPS. À l’opposé, les ETF utilités, santé, et REITs sont réduits.
Positionnement extrême : consensus fragile, risques contrarians en hausse
L’indicateur "bulle/ours" de Bank of America grimpe à 9,7 (après 9,5), plusieurs sous-indicateurs signalant un positionnement ultra-haussier : le pourcentage du positionnement hedge funds atteint 84 %, celui des flux actions 92 %, le positionnement des gérants selon l’enquête atteint 100 %. Le rapport note que le consensus actuel des investisseurs est bâti sur quatre hypothèses : « pas d’atterrissage macro dur, pas de hausse de la Fed, pas de réduction des dépenses IA, pas de raz-de-marée démocrate au Congrès » — aboutissant ainsi à un positionnement « sans crainte ».
Cependant, des signaux contrarians apparaissent. 82 % des indices boursiers mondiaux sont en surachat, frôlant le seuil de vente de 88 % (règle de "breadth"), seuls quelques marchés (Chine, Inde, Brésil) n’ayant pas encore déclenché ce signal. Tout l’été, les actifs à risque ont progressé sans leader évident, principalement par inertie de positionnement.
Bank of America identifie deux catalyseurs potentiels de retournement : premièrement, un compromis entre les États-Unis et l’Iran pourrait entraîner une dernière chute du pétrole et un repli des matières premières ; deuxièmement, si les Républicains perdent le Sénat voire la gouvernance du Texas aux midterms, le marché interpréterait alors que les électeurs privilégient la lutte contre l’inflation et le coût de la vie au détriment des baisses d’impôts et de la déréglementation, ouvrant alors un créneau de prise de bénéfices sur les bénéfices par action (« EPS »).
Banques centrales mondiales en mode resserrement, la couverture devient le nouveau thème
Sur le plan macro, le rapport Bank of America note un important tournant des politiques monétaires. Sur les trois derniers mois, 12 baisses de taux et 13 hausses ont été dénombrées dans le monde, l’orientation nette étant désormais au resserrement ; la banque prévoit 17 hausses et 4 baisses supplémentaires d’ici la fin de l’année. Fait notable cette semaine, la « bulle » sud-coréenne subit une deuxième hausse consécutive.
Bank of America estime que les mesures des banques centrales pour relever les taux facilitent les opérations de rachat d’obligations du Trésor américain et l’intervention sur le marché des changes, contribuant à contenir les taux longs. Ce "quasi QE" pourrait déclencher deux grands mouvements d’allocation : la réduction de l’exposition au dollar et l’augmentation de la pondération or. Cette logique se vérifie avec le record d’afflux sur l’or observé cette semaine depuis octobre 2025.
Le palmarès des performances d’actifs depuis le début de l’année place les matières premières en tête (+61,8 %), le pétrole à +44,4 %, l’or à +5,9 %, tandis que le bitcoin chute de 10,5 %, les T-Bonds à 30 ans baissent de 1,9 % et les obligations d’État au global de 1,1 %. L’équipe de stratégie Bank of America continue de recommander l’ETF ressources naturelles (GNR) en couverture contre les risques politiques et de politique économique.
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