La baisse du prix du minerai de fer combinée à la hausse des coûts conduit BHP à supprimer 300 emplois dans ses mines d’Australie-Occidentale.
Le 14 octobre, BHP (BHP.US) a annoncé la suppression d'environ 300 postes dans ses mines de minerai de fer de Pilbara, en Australie-Occidentale, touchant les sites de South Flank, Area C, Newman et Jimblebar.
Selon les informations de FinanceIntelligence APP, le 14 octobre, BHP (BHP.US) a annoncé la suppression de 300 postes dans ses activités de minerai de fer en Australie-Occidentale afin de faire face à la baisse des prix du minerai de fer et à la double pression de l’augmentation des coûts de transport et de carburant. Cette vague de licenciements touchera les sites South Flank, Mining Area C, Newman et Jimblebar, situés dans la région de Pilbara, qui emploient au total environ 16 000 personnes. La société a déclaré que cette décision avait pour but d’« assurer la contribution continue et significative de ses activités de minerai de fer en Australie-Occidentale ».
Le porte-parole de BHP a précisé dans un communiqué que l’entreprise chercherait d’autres opportunités d’emploi pour les employés concernés. Même si cet événement semble relever d’une gestion courante des coûts, il prend une dimension plus symbolique que financière dans le contexte du recul structurel des prix du minerai de fer et de l’accélération du déplacement du capital minier vers le cuivre.
Les jours « fastes » du minerai de fer s’éloignent : la chaîne de transmission des coûts plus longue que prévu
Depuis le début de l'année, les prix du minerai de fer ont chuté d’environ 14 %. Plus préoccupant encore est l’inversion de la structure de l’offre et de la demande : le projet Simandou en Guinée devrait apporter un surcroît de 20 à 25 millions de tonnes en 2026, avec une capacité annuelle prévue à moyen terme de 120 millions de tonnes, tandis que les stocks de minerai de fer dans les ports chinois ont atteint un niveau historique de 179 millions de tonnes. L’offre continue d’augmenter, alors que la demande faiblit structurellement avec la baisse de la production d’acier en Chine : le minerai de fer passe d’un « marché de vendeurs » à un « marché d’acheteurs ».
BHP attribue les licenciements à la hausse des coûts. Sur le plan de la chaîne de transmission, le conflit au Moyen-Orient a fait grimper les prix de l’énergie, le coût du diesel a suivi, ce qui a directement gonflé les frais d’exploitation des mines. Les données divulguées par Rio Tinto apportent un point de référence : chaque hausse de 10 dollars/baril du prix du diesel augmente le coût cash par tonne d’environ 0,15 dollar à Pilbara, et pour le seul premier semestre, l’augmentation du coût du diesel a atteint 180 millions de dollars.
Le coût unitaire de BHP à Pilbara pour l’exercice 2026 a déjà progressé de 6 %, pour s’établir à 19,66 dollars la tonne. La suppression de 300 postes devrait permettre d’économiser environ 50 millions de dollars par an, soit moins de 0,2 % de l’EBITDA du groupe. Il s’agit en réalité d’une mesure défensive sur la marge bénéficiaire, et non d’un levier d’amélioration du profit.
Le grand tournant se joue dans le cuivre : le rôle du minerai de fer en mutation
Deux mois avant l’annonce des licenciements, BHP a publié des résultats financiers marquant un tournant structurel important : en 2026, l’EBITDA de base de l’activité cuivre atteindra 18,2 milliards de dollars, pour la première fois devant les 14,5 milliards du minerai de fer, soit 54 % de l’EBITDA du groupe. La direction a clairement indiqué que plus de la moitié des 11 milliards de dollars de dépenses annuelles de capital à moyen terme seraient alloués à des projets de cuivre, avec pour objectif d’augmenter la production de cuivre de 40 % d’ici à 2035, à 2 millions de tonnes/an. Le minerai de fer évolue de « moteur du bénéfice » à « vache à lait génératrice de flux de trésorerie » — il s’agit de maintenir une production stable pour financer l’expansion du cuivre, qui devient le nouveau centre d’investissement.
Les dernières négociations sur les contrats long terme de minerai de fer renforcent cette tendance. Le contrat 2026 conclu entre BHP et China Mineral Resources Group prévoit un prix compris entre 80 et 90 dollars/tonne, la part des règlements en RMB passant de 30 % à plus de 50 %, et pour la première fois, l’intégration de l’indice de prix local en RMB. Pour les aciéristes chinois, cela se traduit par une diminution réelle des coûts d’approvisionnement ; pour BHP, la flexibilité de fixation des prix et la marge du minerai de fer deviennent plus contraintes, ce qui accélère objectivement la réallocation du capital vers le cuivre.
Le cours de BHP a progressé d’environ 55 % au cours des 12 derniers mois, le marché ayant déjà intégré les perspectives de croissance du cuivre et l’hypothèse d’une stabilisation des prix du minerai de fer. À ce niveau de valorisation, toute hausse inattendue du coût unitaire du minerai de fer pourrait devenir un point de risque. Parmi les indicateurs à suivre pour les investisseurs : la confirmation dans les rapports trimestriels de la guidance sur le coût unitaire de WAIO, le risque de réaction syndicale suite aux suppressions de postes à Pilbara et d’éventuelles perturbations de production, ainsi que le rythme réel des investissements dans les projets de cuivre. Chaque variation de 1 dollar/tonne du prix du minerai de fer a, sur les revenus de BHP, un impact équivalent à cinq fois le montant économisé par les licenciements — le prix demeure ainsi la variable clé déterminant la rentabilité de l’activité minerai de fer, la signification du plan social étant donc avant tout un signal plus qu’une mesure à impact direct.
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