Waller pourrait faire de l’esquive lors du symposium des banques centrales mondiales, mais les véritables tensions internes à la Fed sont au centre de l’attention.
Le symposium annuel de Jackson Hole est sur le point de débuter, et le marché attend avec impatience que le président de la Fed, Kevin Walsh, donne des indications pour septembre. Toutefois, en raison de son style de communication habituellement opaque et de la fréquence croissante des dissensions internes autour de la hausse des taux, son discours pourrait ne pas rassurer le marché.
Source : Golden Ten Data
À l'approche du symposium mondial annuel de Jackson Hole réunissant les banques centrales, les attentes de Wall Street montent à nouveau. Le marché attend le discours que le président de la Fed, Kevin Walsh, prononcera le 28 août, cherchant à saisir le moindre indice en vue de la décision sur les taux d'intérêt prévue pour le 16 septembre. Cependant, selon l'analyste Eamonn Sheridan, cet optimisme pourrait surestimer le désir de Walsh de fournir des indications, tout en sous-estimant les divergences croissantes au sein de la Fed.
Depuis sa prise de fonction en mai de cette année, Walsh s’est distingué par un style de communication très différent de celui de son prédécesseur. Il a considérablement raccourci les déclarations post-réunion, affaibli le « forward guidance » qui était la norme depuis plus de dix ans, et lors des conférences de presse, il s’est montré particulièrement énigmatique. Walsh a clairement indiqué que les décisions de la Fed devaient être indépendantes de la tarification du marché et qu’elles ne devraient pas être influencées par les attentes des investisseurs. Cette stratégie du « en dire peu pour en faire plus » suggère que ce discours, dont le thème porte sur « l’innovation financière dans le domaine des paiements », sera probablement une narration macroéconomique abstraite plutôt qu’une déclaration explicite de politique à court terme.
Sheridan considère que miser sur le fait que Walsh « fera exception » à Jackson Hole et délivrera des signaux revient en réalité à parier qu’il va renier tous ses principes depuis son arrivée à la tête de la Fed. Lors de la conférence de presse du 29 juillet, Walsh avait déjà préparé le terrain, indiquant que son discours serait centré sur la vision d’ensemble. Ainsi, si Walsh continue d’adopter une position évasive sur la scène du Wyoming, ce n’est pas une surprise, mais bien la continuité de son style habituel.
Plus que les quelques mots prononcés sur scène, les luttes de pouvoir au sein de la Fed constituent peut-être des signaux plus authentiques et plus intrigants. Lors de la première réunion présidée par Walsh en juin, environ la moitié des membres avaient déjà indiqué dans le « dot plot » qu’une hausse des taux serait nécessaire en 2026 ; lors de la réunion de juillet, trois présidents de Fed régionales ont voté contre, soutenant une hausse immédiate des taux. Qu’un tel niveau de dissension apparaisse dès le début du mandat d’un nouveau président est extrêmement rare dans l’histoire de la Fed. Ces divisions profondes en interne reflètent l’incertitude de l’évolution des politiques bien plus qu’un discours sophistiqué.
Il reste moins de 20 jours avant la réunion de septembre sur les taux, et le marché est inhabituellement partagé. Selon les données du marché de prévision citées par l’analyste Jose Antonio Lanz, le consensus parmi les investisseurs autour du maintien des taux par la Fed se renforce : à ce jour, la probabilité que les taux restent inchangés en septembre atteint 74 %, contre environ 25 % pour une hausse de 25 points de base. Deux plateformes de prévision supervisées par la CFTC affichent des probabilités similaires, respectivement à 73,5 % et autour de 71 %.
Ce consensus prudent reflète la complexité de la situation économique actuelle. Bien que le marché reste sur ses gardes face à une possible hausse des taux, en raison des résultats mitigés sur l’emploi non agricole et de la pression inflationniste, même si le scénario de base prévoit le maintien du taux directeur dans la fourchette de 3,50%–3,75%, les traders restent vigilants face à une éventuelle « surprise hawkish ». Un sondage mené par Reuters révèle que près de 70 % des économistes s’attendent à ce que la Fed reste immobile durant le reste de l’année 2026.
Pour les investisseurs, mieux vaut surveiller les fissures ouvertes au sein de la Fed plutôt que d’interpréter à l’excès les formulations vagues que Walsh pourrait choisir à Jackson Hole. Alors que Walsh s’efforce de maintenir l’indépendance de la politique de la Fed et refuse que le marché l’influence, suivre les tendances de vote au sein du comité pourrait être plus révélateur de la trajectoire future des taux d’intérêt que d’analyser un discours lors du symposium des banques centrales.
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